Pour l'été…Un conte de NÖEL (Fraicheur) © vernhes
F.V 25/12/1994
le Dauphiné Libéré (AGI) Toutes éditions.
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LA LONGUE MARCHE DE FIFAN, NOURS ET CADICHON
Bonjour toi, bonjour vous… Nous sommes dans le temps de Noël…
Tout le monde le sait… Par contre, ce que le monde ne sait pas, c’est que voilà près de 2000 ans que nous cavalons, Nours, Fifan et Cadichon. Cadichon c’est l’âne et c’est moi, Fifan est un éléphant, Nours un ours… Nous avons un ventre et tout le reste en paille, cependant nous sommes vivants, nous avons un cœur et des sentiments, nous ressentons la joie, la peine et l’amertume.
Nous sommes des peluches d’un autre temps et nous avons aussi des copains et des copines de tout style et de tout poil. Nous cavalons depuis longtemps, parce qu’en l’an 0 du calendrier des P.T.T., nous avons décidé de rendre visite à celui qui devait naître. On peut être bête et ne pas l’être, n’est-ce pas ? Cette naissance nous l’avions apprise par nos parents et la radio. C’est qu’il y aurait un bœuf et un âne, comprenez-moi ! Si l’âne devait être moi, je devais être là. Il faut dire aussi qu’un enfant-roi qui devait naître dans une crèche-réquisitionnée pour l’occasion par des gens en quête de voix pour les élections, car ses parents étaient aussi les premiers S.D.F. (sans domicile fixe) du nouveau calendrier… Tout cela valait le déplacement et c’était aussi une bonne excuse pour prendre la route, la route permet de voir des gens, de se faire des souvenirs…
Les souvenirs, comme dit Nours, c’est bon pour s’endormir.
Moi, je suis Nours, je suis le plus vieux de tous, ce qui m’intéresse, c’est de voir le berger et les moutons, paraît qu’il y en aura aussi et avec les autres cela va faire un sacré troupeau, peut-être même qu’après nous serons un troupeau sacré ! Je rigole, mais je sais que la route est longue… Des plaines et des montagnes, des fleuves à traverser, connaître le froid et le chaud, souvent se déplacer entre deux convois humanitaires, devoir mettre le gilet pare-balles, rencontrer des chameaux à une bosse qu’on appelle des dromadaires, il faudra aussi croiser des Drômois et des Ardéchois, et puis voir plein de gens… Il y’en a des gentils et des méchants, parfois ils sont l’un ou l’autre successivement, tout dépend si ton escarcelle est garnie ou si t’es fauché comme un radis… Bon, il faut que je m’arrête. Fifan, le copain éléphant veut dire son mot aussi.
Bien sûr que j’ai mon mot à dire, si l’on comptait sur eux, nous serions encore longtemps dans l’ancien testament. Il faut raconter comment cela c’est passé, pas la grande histoire, non, il faut, que je dise la petite histoire… La nôtre. Tout d’abord, nous avons mis le temps, nous ne sommes pas paresseux mais nous aimons prendre le temps, parler et regarder la pâquerette au bord du chemin, lui conter fleurette éventuellement, profiter du paysage et tâcher d’apprendre des choses nouvelles. Ainsi nous en avons rencontré du monde et des situations, si nous devions faire des commentaires, il y en aurait au moins de quoi nous fâcher avec la moitié des gens… Nous avons nos idées et ne savons point trop les taire. Justement, nous nous demandions si Christophe Colomb avait bien fait de faire tenir l’œuf droit et d’aller aux Amériques, si celui qui devait naître devrait inventer un Kouchner et l’abbé Pierre, parfois on disait oui et parfois non. C’était pas simple ! Ne commence pas ! Vient de me dire Nours, cela va mal finir et clic-clac fera le censeur… Soyons bien éduqués, ne parlons que des couleurs de l’automne… Nous savons le faire aussi… Savez-vous, chers amis, que nous eûmes l’occasion de skier au Népal, que nous fîmes connaissance de quelques mandarins chinois avec qui nous dissertâmes de fort belle manière sur les médecines douces et diverses thérapies, que nous attrapâmes un rhume en Alaska et que nous prîmes le temps de prendre à leur façon le thé avec un roi Bédouin… Et ci, comme vient de se permettre de faire remarquer ce stupide Cadichon, un éléphant cela peut se tromper. Pour Cadichon, le voyage lui fut bénéfique, il n’a plus envie d’être l’âne de la crèche, comme il dit « cela crée des responsabilités et des obligations ». Quand nous sommes arrivés, nous sommes restés à la porte, il y en avait du monde. Nours, s’est assis, il a dit « je dois réfléchir », Cadichon tordait le cou pour voir son collègue, le trouvant bien maigre pour un âne mystique, « il a l’air sympa tout de même » soupira-t-il, le plaignant presque d’être là avec un bœuf, figé et immobile. Quant à moi, Fifan l’éléphant, je me trouvais bien encombrant. Nous avions peur de déranger, d’agacer en posant quelques questions. Nours s’est endormi, Cadichon fait l’âne, et je regarde le petit qui est couché, peut-être qu’il est en train de rêver qu’il fera beaucoup de choses et que l’on en fera beaucoup en son nom…
Maintenant, je vais dormir, ma tête commence à me faire mal. Demain, il faut repartir, il faut continuer le chemin… Mais, nous serons un peu différents, je crois...
le Dauphiné Libéré (AGI) Toutes éditions.
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LA LONGUE MARCHE DE FIFAN, NOURS ET CADICHON
Bonjour toi, bonjour vous… Nous sommes dans le temps de Noël…
Tout le monde le sait… Par contre, ce que le monde ne sait pas, c’est que voilà près de 2000 ans que nous cavalons, Nours, Fifan et Cadichon. Cadichon c’est l’âne et c’est moi, Fifan est un éléphant, Nours un ours… Nous avons un ventre et tout le reste en paille, cependant nous sommes vivants, nous avons un cœur et des sentiments, nous ressentons la joie, la peine et l’amertume.
Nous sommes des peluches d’un autre temps et nous avons aussi des copains et des copines de tout style et de tout poil. Nous cavalons depuis longtemps, parce qu’en l’an 0 du calendrier des P.T.T., nous avons décidé de rendre visite à celui qui devait naître. On peut être bête et ne pas l’être, n’est-ce pas ? Cette naissance nous l’avions apprise par nos parents et la radio. C’est qu’il y aurait un bœuf et un âne, comprenez-moi ! Si l’âne devait être moi, je devais être là. Il faut dire aussi qu’un enfant-roi qui devait naître dans une crèche-réquisitionnée pour l’occasion par des gens en quête de voix pour les élections, car ses parents étaient aussi les premiers S.D.F. (sans domicile fixe) du nouveau calendrier… Tout cela valait le déplacement et c’était aussi une bonne excuse pour prendre la route, la route permet de voir des gens, de se faire des souvenirs…
Les souvenirs, comme dit Nours, c’est bon pour s’endormir.
Moi, je suis Nours, je suis le plus vieux de tous, ce qui m’intéresse, c’est de voir le berger et les moutons, paraît qu’il y en aura aussi et avec les autres cela va faire un sacré troupeau, peut-être même qu’après nous serons un troupeau sacré ! Je rigole, mais je sais que la route est longue… Des plaines et des montagnes, des fleuves à traverser, connaître le froid et le chaud, souvent se déplacer entre deux convois humanitaires, devoir mettre le gilet pare-balles, rencontrer des chameaux à une bosse qu’on appelle des dromadaires, il faudra aussi croiser des Drômois et des Ardéchois, et puis voir plein de gens… Il y’en a des gentils et des méchants, parfois ils sont l’un ou l’autre successivement, tout dépend si ton escarcelle est garnie ou si t’es fauché comme un radis… Bon, il faut que je m’arrête. Fifan, le copain éléphant veut dire son mot aussi.
Bien sûr que j’ai mon mot à dire, si l’on comptait sur eux, nous serions encore longtemps dans l’ancien testament. Il faut raconter comment cela c’est passé, pas la grande histoire, non, il faut, que je dise la petite histoire… La nôtre. Tout d’abord, nous avons mis le temps, nous ne sommes pas paresseux mais nous aimons prendre le temps, parler et regarder la pâquerette au bord du chemin, lui conter fleurette éventuellement, profiter du paysage et tâcher d’apprendre des choses nouvelles. Ainsi nous en avons rencontré du monde et des situations, si nous devions faire des commentaires, il y en aurait au moins de quoi nous fâcher avec la moitié des gens… Nous avons nos idées et ne savons point trop les taire. Justement, nous nous demandions si Christophe Colomb avait bien fait de faire tenir l’œuf droit et d’aller aux Amériques, si celui qui devait naître devrait inventer un Kouchner et l’abbé Pierre, parfois on disait oui et parfois non. C’était pas simple ! Ne commence pas ! Vient de me dire Nours, cela va mal finir et clic-clac fera le censeur… Soyons bien éduqués, ne parlons que des couleurs de l’automne… Nous savons le faire aussi… Savez-vous, chers amis, que nous eûmes l’occasion de skier au Népal, que nous fîmes connaissance de quelques mandarins chinois avec qui nous dissertâmes de fort belle manière sur les médecines douces et diverses thérapies, que nous attrapâmes un rhume en Alaska et que nous prîmes le temps de prendre à leur façon le thé avec un roi Bédouin… Et ci, comme vient de se permettre de faire remarquer ce stupide Cadichon, un éléphant cela peut se tromper. Pour Cadichon, le voyage lui fut bénéfique, il n’a plus envie d’être l’âne de la crèche, comme il dit « cela crée des responsabilités et des obligations ». Quand nous sommes arrivés, nous sommes restés à la porte, il y en avait du monde. Nours, s’est assis, il a dit « je dois réfléchir », Cadichon tordait le cou pour voir son collègue, le trouvant bien maigre pour un âne mystique, « il a l’air sympa tout de même » soupira-t-il, le plaignant presque d’être là avec un bœuf, figé et immobile. Quant à moi, Fifan l’éléphant, je me trouvais bien encombrant. Nous avions peur de déranger, d’agacer en posant quelques questions. Nours s’est endormi, Cadichon fait l’âne, et je regarde le petit qui est couché, peut-être qu’il est en train de rêver qu’il fera beaucoup de choses et que l’on en fera beaucoup en son nom…
Maintenant, je vais dormir, ma tête commence à me faire mal. Demain, il faut repartir, il faut continuer le chemin… Mais, nous serons un peu différents, je crois...
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