la Tribune, Jean Claude Ermine 30/03/78)

François Vernhes
Vivre et dire la vie… De la plume au micro

Par Jean Claude Ermine ( la Tribune 30/03/78)
Encadré sans rectif.


Une démarche existentielle : la « quête » de la vérité.
« Perdu dans la foule ou dans le désert, à quoi sert une Pensée libre, sinon à espérer ou à mourir… »

François Vernhes nourri de l’œuvre de Kierkegaard, Sartre, mais aussi d’André Breton et Paul Eluard, propose à travers ses textes, une démarche existentielle dans laquelle est mise en évidence son impossibilité de communiquer et de vendre au niveau commercial sa propre expérience vécue !
« Jean « échelon » commercial était légal d’un « échelon » publique… L’échelon 200 rampait et louvoyait devant celui de l’échelon 3, considéré lui-même comme un « brave garçon » par les « Messieurs du staff »… Rien n’est plus terrible dans une vie, que d’être traité avec condescendance. Le mépris est moins humiliant… »
L’histoire de Jean, son « silence », c’est celle et celui de François Vernhes, transcendés et poétisés. À son activité commerciale, il manquait ce que Bergson appelait « le supplément d’âme ». Ce « supplément », François Vernhes le découvrit en faisant un retour à la nature et en prenant un poste d’animateur dans une maison d’enfants à Saint-Marcel-les-Valence :

« L’autre n’existant plus, il n’y a pas d’échange, les derniers polémistes monologuent… »

Jean souriant, prit une feuille de papier, mais n’ayant pas de crayon, pense qu’il écrivait une belle histoire, une histoire simple. Un conte où toutes les pensées compliquées du monde adulte pourraient être comprises.
Il imaginait écrire qu’il aurait voulu voir la mer.
Tout de suite, semblable à l’enfant capricieux.
… Il désirait voir l’ours de son enfance lui dire
Que rien n’avait changé et que les poissons dans l’aquarium
Se déclarent libres ayant la liberté d’être ! »

L’enfance, une place importante dans la démarche existentielle de François Vernhes… Son fils, âgé de 4 ans est pour lui, son ancre, son port d’attache…

« Je veux réapprendre les farces de mon enfance que j’avais oubliées… »
« Il est là-bas mon fils. Avec mes livres. Mes pipes. Il les garde. On ira chercher le pain ensemble… Il faut monter sur la colline et de là, découvrir l’Orient. Il faut être vrai. Nous devons vivre. Nos enfants ont besoin d’avoir des parents vivants. Ils ne veulent pas d’un père fauteuil de télévision. Ils veulent des pères ; des mères qui sachent courir dans les champs avec eux… Je veux que mon enfant me réapprenne les farces d’enfants que j’ai oublié, les noyaux de cerises, les savonnettes, le porte-monnaie avec une ficelle, la pierre sous le chapeau ».

Oser vivre différemment…
Se distinguer, c’est-à-dire oser avouer ses différences, ses qualités propres, une démarche qui, dans notre société de l’objet et du profit, devient de plus en plus difficile et méritoire, à l’image de la vie et de l’œuvre de François Vernhes :

« Vous, parents, ne vous donnez pas bonne conscience en faisant semblant de bien vous occuper de vos enfants. Vivez avec eux. Ils seront heureux. Mais osez vivre différemment… »
Oser vivre différemment, n’est-ce pas déjà « regarder le tournesol et regarder l’oiseau ».
Oser vivre différemment c’est vivre pleinement et apprendre à mourir, car une belle mort, c’est une mort qui vient après une belle vie. Et une belle vie, ce n’est pas forcément une longue vie : c’est une vie qui, dans le temps offert, donne tout ce qu’elle peut donner… »

Homme de scène et pas seulement de plume, François Vernhes aura, entre autres mérites, celui de nous faire découvrir la simplicité des choses à laquelle nul ne prête plus attention aujourd’hui. Au-delà de « la raison goudron », Vernhes se veut avant tout être lui-même. C’est-à-dire, François de son prénom.
Au travers de ses textes, François Vernhes nous apprend aussi que notre société est malade des gens qui ne parlent pas et de ceux qui, tel le perroquet, parlent pour ne rien dire. Dans cette civilisation du Reader’s Digest, Vernhes nous met sur la voie d’un pays perdu et peut-être retrouvé : celui de la nécessaire obligation de la communication, et du rêve.

Un pays qui n’a plus de rêves est un pays qui se meurt. Un pays où les conteurs et les poètes n’ont plus la place privilégiée qui doit être la leur est un pays perdu.
« Peut-être qu’en réussissant à écrire zéro sur un morceau de papier, ou à faire un rond dans le sable, peut-être que ce jour-là, on comprend le secret de la vie ? »R.O

Il faut des mots pour chanter, des mots pour rire. Il faut des mots neufs. Il faut regarder le soleil et l’écouter parler quant te dira : « ose ! »

La Bourse de la Vocation a prodigué ses encouragements à François Vernhes. Celui-ci est actuellement en contact avec une maison d’édition… Et il prépare d’autres spectacles analogues à celui présenté dernièrement au Moonshine ; domicilié à Bourg-lès-Valence, et valentinois de souche et de cœur, il redoute quelque peu le jour où il lui faudrait « monter à Paris »…

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François VERNHES :
Vivre et dire la vie… De la plume au micro
Par Jean Claude Ermine (la Tribune 30/03/78)
Papier sans rectif.


« Demain, il neigera. Il neigera sur l’esprit du monde… « L’autre » n’existant plus, il n’y a pas d’échange. Les derniers polémistes monologuent… ». Ces quelques lignes, extraites d’un des recueils de François Vernhes, intitulé « Le silence de Jean » traduisent l’ambiguïté du monde dans lequel nous évoluons. L’incommunicabilité n’est pas le moindre mal de notre civilisation. François Vernhes écrit comme il parle : il décrit la vie souvent avec un œil de lynx mais toujours dans un souci de sincérité ; c’est-à-dire de fidélité à lui-même. Et s’il « dérange », c’est parce qu’il ose mettre à nu des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire.

Écrire ne suffit pas toujours pour contenter l’esprit, car « la liberté de concevoir n’est rien sans le pouvoir de réaliser ». Il faut « dire » les choses et se faire entendre. Les hérauts des temps modernes ont plus que jamais une place à préserver, pour faire en sorte qu’ils « dérangent » habitudes et tabous. François Vernhes est de ceux-là ! À 26 ans, il ose crier ce que beaucoup pensent tout bas. En cela, sa démarche est méritoire et vaut la peine d’être entendue ! Poète en prose, bien qu’il s’en défende, François Vernhes, fait partie de cette race de « révolutionnaires humanistes » dont parle le Grand Brel quand il écrit : « L’avenir dépend des révolutionnaires, mais se moque bien des petits révoltés ».

Quand on range l’impossible salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Un homme fait de tous les hommes qui les vaut tous et que vaut n’importe qui… » Comme l’a écrit Jean-Paul Sartre dans « Les mots ».
François Vernhes, avec les qualités et les défauts de la jeunesse, n’hésite pas à vilipender une certaine réalité de la vie non pas, par satisfecit personnel mais parce qu’être sincère, c’est aussi dire certaines vérités en face.

Homme de plume mais aussi de scène, Vernhes vient de passer un test probant à l’occasion d’une soirée « Veillée du temps présent » dans le cadre de la discothèque « Le Moonshine ».
Domicilié à Bourg-lès-Valence, François Vernhes ne souhaite rien d’autre sinon qu’on le prenne tel qu’il est… Nul besoin de faire des comparaisons, encore moins de chercher à décortiquer sa pensée. Verhnes, c’est cela… La vérité toute nue dite avec un micro…
Au-delà du mot et du geste, demeure l’essentiel, un regard tendre et féroce sur le monde, une voix qui déchire le silence et arrive à trouer l’ombre…

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