LE SILENCE DE JEAN ©fv1977 (extrait1) version longue
Chapitre 1
5975.
Demain il neigera. Il neigera sur l’esprit du Monde.
Jean savait que dans une petite ville de province, des enfants devenus “les enfants” avaient posé des questions...
Au cours d’une leçon d’histoire rectifiée un professeur avait eu l’imprudence de montrer à ses élèves de vieilles pièces de monnaie, les enfants blasés ne l’interrogèrent pas mais leurs regards s’illuminèrent, Ils semblaient vouloir participer à un exercice de concentration collective... L’esprit luttait-il?
La question fusa, sèche, sans appel... que voulait dire?
“liberté égalité fraternité”
Pourquoi étaient entrelacés des rameaux d’olivier et des rameaux d’acacia.
Deux jours plus tard ce furent des enfants noirs qui leur répondirent “Si égalité est un leurre aidons le mot tolérance à vivre”.
Puis, il y eut ceux d’Hiroshima qui dirent la Fraternité est morte, sauvons tous ensemble “Espérance”... espérons les uns dans les autres...
“Les grands de l’institution” se consultèrent, il fallait étouffer l’insurrection.
Il neigea et il neigea bien... Ce furent de beaux et gros flocons que les mesures prises cette année-là:
salaires quintuplés
voitures allongées
nature remodelée
enseignement corrigé
Maintenant... Désespérés, les penseurs psychanalysés se diluaient dans une pensée stéréotypée.
A nouveau, dès l’école les enfants apprenaient qu’il n’était pas bon de réfléchir. Ne pas penser était souhaitable, désirable, confortable. On leur expliquait lentement, méthodiquement, que l’homme sans l’institution n’est rien, la pensée humaine n’avait aucune importance. Réfléchir il existait un centre de réflexion collective pour cela.
L’individu en tant que tel était brisé, oublié, disséqué. S’il tentait de fuir, il était récupéré, ensuite pardonné, puis reconvertit aux idées de l’institution.
L’institution nourrissait, distrayait et tout en s’amusant de vous, pratiquait une “castration mentale”; en 5975, il était plus qu’anormal de dépasser de un centième le seuil de réflexion autorisé.
Jean écoutait, en se cachant, ‘l’Internationale”. Il savait que ce chant avait été - cri de révolution - la “Marseillaise” en fût une autre, le monde régressait “la pêche aux moules” fût un des derniers. A leur époque, ceux de “l’Internationale”, ceux de la “Marseillaise” et même la chorale de “la pêche aux moules” pensaient encore, la personnalité humaine étant assez forte... Aujourd’hui, en écoutant à nouveau ces cris de révolutions avortées, Jean pensait à la nouvelle hiérarchie...
L’échelon 200 rampait et louvoyait devant celui de l’échelle 3 considéré lui-même comme un “brave garçon” par les “Messieurs de staff”. Rien n’est plus terrible dans une vie, que d’être traité avec condescendance. Le mépris est moins humiliant. Les rapports humains étant devenus tellement compliqués, des tables de concordance avaient été éditées.
Jean “échelon commercial était l’égal d’un “échelon 0 publique”. Les nouvelles tables de la loi étaient le livre précieux que devait toujours avoir près de lui, le père de cellule institutionnelle lorsqu’il avait une fille à marier.
Jean savait que le mot révolutionnaire n’ayant plus court, il n’aurait pas même l’orgueil d’être considéré comme tel; il serait “fou”. Il existait. En 5975, des mots beaucoup plus compliqués pour définir cet état de liberté.
On était “celui qui se prend pour celui qu’il n’est pas” ou bien alors “celui qui a la folie des grandeurs”, “celui qui fabule”, “celui qui s’interroge”, Jean sourit...
Son sourire lui avait valu les pires des ennuis, mais lui qui souriait auparavant sans être conscient, maintenant connaissait la force redoutable de cette arme; le sourire réconciliait, désarmait, désappointait, étonnait et irritait.
Il appréciait le dialogue et s’il n’était pas mélancolique c’est qu’il avait dépassé la mélancolie, le regret des belles années. L’homme avant qu’il neigea très fort, connaissait l’interrogation, l’exclamation, mais aujourd’hui la conscience de l’Univers reposant dans son cocon blanc, “la guerre des mots” n’existait plus.
Il y a très longtemps, Démosthène parlait et on l’écoutait parler, ensuite on lui montrait, on lui expliquait le “pourquoi” du désaccord que l’on pouvait avoir avec lui; Démosthène répondait. Cela était normal. Mais les normes changèrent...
Les hommes n’écoutent plus; à l’extrême limite ils préparent un morceau de rhétorique de bon niveau au lieu de chercher à comprendre l’autre.
“L’autre” n’existant plus, il n’y a plus d’échange,
les derniers polémistes monologuent.
(à suivre)
5975.
Demain il neigera. Il neigera sur l’esprit du Monde.
Jean savait que dans une petite ville de province, des enfants devenus “les enfants” avaient posé des questions...
Au cours d’une leçon d’histoire rectifiée un professeur avait eu l’imprudence de montrer à ses élèves de vieilles pièces de monnaie, les enfants blasés ne l’interrogèrent pas mais leurs regards s’illuminèrent, Ils semblaient vouloir participer à un exercice de concentration collective... L’esprit luttait-il?
La question fusa, sèche, sans appel... que voulait dire?
“liberté égalité fraternité”
Pourquoi étaient entrelacés des rameaux d’olivier et des rameaux d’acacia.
Deux jours plus tard ce furent des enfants noirs qui leur répondirent “Si égalité est un leurre aidons le mot tolérance à vivre”.
Puis, il y eut ceux d’Hiroshima qui dirent la Fraternité est morte, sauvons tous ensemble “Espérance”... espérons les uns dans les autres...
“Les grands de l’institution” se consultèrent, il fallait étouffer l’insurrection.
Il neigea et il neigea bien... Ce furent de beaux et gros flocons que les mesures prises cette année-là:
salaires quintuplés
voitures allongées
nature remodelée
enseignement corrigé
Maintenant... Désespérés, les penseurs psychanalysés se diluaient dans une pensée stéréotypée.
A nouveau, dès l’école les enfants apprenaient qu’il n’était pas bon de réfléchir. Ne pas penser était souhaitable, désirable, confortable. On leur expliquait lentement, méthodiquement, que l’homme sans l’institution n’est rien, la pensée humaine n’avait aucune importance. Réfléchir il existait un centre de réflexion collective pour cela.
L’individu en tant que tel était brisé, oublié, disséqué. S’il tentait de fuir, il était récupéré, ensuite pardonné, puis reconvertit aux idées de l’institution.
L’institution nourrissait, distrayait et tout en s’amusant de vous, pratiquait une “castration mentale”; en 5975, il était plus qu’anormal de dépasser de un centième le seuil de réflexion autorisé.
Jean écoutait, en se cachant, ‘l’Internationale”. Il savait que ce chant avait été - cri de révolution - la “Marseillaise” en fût une autre, le monde régressait “la pêche aux moules” fût un des derniers. A leur époque, ceux de “l’Internationale”, ceux de la “Marseillaise” et même la chorale de “la pêche aux moules” pensaient encore, la personnalité humaine étant assez forte... Aujourd’hui, en écoutant à nouveau ces cris de révolutions avortées, Jean pensait à la nouvelle hiérarchie...
L’échelon 200 rampait et louvoyait devant celui de l’échelle 3 considéré lui-même comme un “brave garçon” par les “Messieurs de staff”. Rien n’est plus terrible dans une vie, que d’être traité avec condescendance. Le mépris est moins humiliant. Les rapports humains étant devenus tellement compliqués, des tables de concordance avaient été éditées.
Jean “échelon commercial était l’égal d’un “échelon 0 publique”. Les nouvelles tables de la loi étaient le livre précieux que devait toujours avoir près de lui, le père de cellule institutionnelle lorsqu’il avait une fille à marier.
Jean savait que le mot révolutionnaire n’ayant plus court, il n’aurait pas même l’orgueil d’être considéré comme tel; il serait “fou”. Il existait. En 5975, des mots beaucoup plus compliqués pour définir cet état de liberté.
On était “celui qui se prend pour celui qu’il n’est pas” ou bien alors “celui qui a la folie des grandeurs”, “celui qui fabule”, “celui qui s’interroge”, Jean sourit...
Son sourire lui avait valu les pires des ennuis, mais lui qui souriait auparavant sans être conscient, maintenant connaissait la force redoutable de cette arme; le sourire réconciliait, désarmait, désappointait, étonnait et irritait.
Il appréciait le dialogue et s’il n’était pas mélancolique c’est qu’il avait dépassé la mélancolie, le regret des belles années. L’homme avant qu’il neigea très fort, connaissait l’interrogation, l’exclamation, mais aujourd’hui la conscience de l’Univers reposant dans son cocon blanc, “la guerre des mots” n’existait plus.
Il y a très longtemps, Démosthène parlait et on l’écoutait parler, ensuite on lui montrait, on lui expliquait le “pourquoi” du désaccord que l’on pouvait avoir avec lui; Démosthène répondait. Cela était normal. Mais les normes changèrent...
Les hommes n’écoutent plus; à l’extrême limite ils préparent un morceau de rhétorique de bon niveau au lieu de chercher à comprendre l’autre.
“L’autre” n’existant plus, il n’y a plus d’échange,
les derniers polémistes monologuent.
(à suivre)